On l’a essayé pour vous
Et Dieu créa L’Ex
Vendredi 2 février 2007, par // Numéro 16
Pourquoi il ne faut surtout pas rater le Party Molson, l’évènement le plus en vue de l’année à Polytechnique ? après le vin et fromage du CEGP bien sûr… Ben tout simplement parce que, de génération en génération, c’est l’évènement qui couronne le succès des étudiants les plus méritants d’entre tous. C’est là que la crème des étudiants de Poly se donne rendez-vous annuellement pour se féliciter d’être si parfaite, si intelligente et si exceptionnelle. Et je ne sais pas pour vous, mais moi, je les envie foutrement, les chanceux qui auront l’occasion de dégueuler tout leur all you can drink dans les toilettes de l’Usine Molson.
À l’approche du mois de février, j’entends souvent des jaloux, qui n’ont bien sûr pas été invités au Party, passer leur temps à le critiquer juste parce qu’ils le considèrent comme une occasion de se prostituer à une multinationale dont le but ultime n’est après tout que d’accoutumer à son produit des cohortes de jeunes ignares. Je suis sûr que vous aussi avez entendu parler de ces individus-là. De toute façon, l’AEP en tient une liste régulièrement mise à jour. Le président de l’AEP a jugé, dans un louable élan de sagesse, que ce rôle lui conviendrait parfaitement. Et je l’en remercie tous les jours, car grâce à cette liste, je suis en mesure de débusquer les imposteurs et les comploteurs qui veulent nuire à la réputation de mon École. Au lieu de déverser leur bile noire et amère sur nos meilleurs éléments, qu’ils aillent donc, ces fainéants, consacrer dix mille heures à la création du site Web de leur association ! Seraient-ils prêts à accepter, ces ingrats, de voir leur moyenne baisser jusqu’au profondeur du code, de flirter dangereusement avec l’expulsion définitive rien que pour nous monter des beaux partys de saucisses, rédiger des interminables comptes rendus de C.A, se coltiner des COCEP à nos places ? Sûrement pas. Sacs à larves.
Moi, j’ai dû patienter deux ans avant d’obtenir le sésame tant convoité. Deux ans de labeur acharné à la section « Culture » du Polyscope. Il a fallu que je me tape le tour de quasiment toutes les salles de spectacles huppées de Montréal. Je me suis coltiné Radiohead au Spectrum, les Red Hot Chili Peppers au Centre Bell et même les Stones au parc Jean-Drapeau. Quelle misère ! Pour encore mieux paraître, je servais même le thé au directeur chaque jour à quatre heures de l’après-midi et je nettoyais le local le vendredi matin. Un jour, quand le rédacteur en chef s’est enfin rendu compte de mon existence, il m’a recommandé au dirlo pour être sur la liste des méritants.
La veille de la confirmation de ma présence, je n’ai pas fermé l’œil. Pourtant, j’avais avalé une boîte entière de somnifères. Et puis quand j’ai embarqué dans un des bus scolaires jaunes qui nous amenait au temple de la renommée de l’implication au rythme de ces chants glorieux que sont : « J’aime la Po, j’aime la Ly, j’aime la Poly ! » et « Poly génie, ETS BS, McGill débile, l’UQAM… on s’en fout ! », j’ai eu les larmes aux yeux.
Je pourrais m’étaler sur des pages et des pages à parler de ma soirée au Party Molson. Mais je m’en tiendrai aux faits marquants. Le même plat de rosbif qui est servi à chaque année depuis des lustres, marque de la constance des traditions distinguées, ravit mes papilles gustatives. De la bière Molson sous toutes ses formes (Dry, Canadian, Ex, etc), j’en buvais comme un malade, je la rotais par tous les trous, je la calais dans toutes les positions. Je me sentais grand, beau, supérieur au reste des B.S. qui devaient être à cette heure-là en train de faire un devoir d’analyse des signaux ou de rédiger un rapport de lab d’optique. Ces mêmes B.S. que j’allais retrouver le lendemain dans les salles de classe et qui allaient me bassiner avec leurs complaintes habituelles sur de longues et studieuses nuits blanches. Toujours les mêmes complaintes qui sortaient des mêmes bouches aux haleines putrides, marque d’une hygiène buccale douteuse et d’une tabagie frénétique. Je ne voulais même pas y penser. Le clou de la soirée survint lorsqu’un obscur sous-fifre, spécialement délégué par Molson pour épater la pouillerie polytechnicienne, qui ne doutait pas de son haut statut de manager dans la maison mère, nous gratifia d’un des plus édifiants discours que j’aie eu l’occasion d’entendre.
C’est à ce moment fatidique que, pressé par ma vessie d’aller me soulager au plus vite, je passai devant le Sieur déclamant sa diatribe effrénée. Nous en étions au passage émouvant où l’ingénieur-soldat, armé de sa machine à caler et de sa gourde Molson, s’en allait sauver l’Afrique de la soif et de la désertification. De jeunes donzelles assises au premier rang se trémoussaient et trépignaient comme des furies en chaleur à l’idée d’aller palper du muscle de Monsieur Molson dans un futur très proche que ne cessait de rallonger ses interminables phrases.
Passant donc malheureusement dans les parages, mon maudit pied alla culbuter sur celui du Dieu parlant et mon verre se déversa sur le beau costard de cet aède qui gagne sa vie au détriment (mérité) de celui qu’il flatte. L’injure était irréparable. Je fus banni à coups de pied au derrière de la prestigieuse soirée et il ne me fut plus jamais permis d’y remettre les pieds même si depuis j’ai accumulé au Scope, en une seule année, les charges de rédacteur en chef, de chef de pupitre, de trésorier, d’auteur, de correcteur et de souffre-douleur attitré du comité. Faut croire que c’était pas suffisant pour effacer la faute d’avoir postillonné avec ma bière sur un haut représentant de Molson, la seule bière que vous devez boire.
