Le Monde Selon JP

Vendredi 19 janvier 2007, par Jean Philippe Akélaguélo // Numéro 14

Avec les « cas d’accommodements raisonnables », Quebecor et al. ont créé la super patate chaude de cet « hiver ». Quoiqu’on en dise les médias sont l’industrie la plus proactive qui existe. Quitte à produire une merde sans nom, ils sont prêts à tout au nom de leur religion « Cote d’Écoute ». Et nous (enfin vous) pauvres spectateurs abrutis de cette bouse abjecte avalez sans un mot leur connerie. Après avoir encensé le « public » à coup de reportage choc et de sondage genre « et vous, à quel point êtes vous racistes ? ». Comme si de savoir que la matante d’en bas ne m’aime fortement pas parce qu’il y a des barbus et des chapus qui exagèrent m’empêchait de dormir. Par contre comment apaiser les tensions sociales ? Comment faire une place correcte aux minorités sans heurter la majorité ? Des questions très problématiques mais guère polémiques et donc d’emblée écartées par les mass médias. Belle job de la part du 4e pouvoir, belle contribution à ce débat de société.

Et vous, êtes vous racistes ? Parlons-en de ce sondage. 43% des québécois seraient donc faiblement raciste. Traduction littérale : près de 1 québécois sur 2 ont faiblement une attitude d’hostilité systématique à l’égard des noirs, juifs, arabe !? Ou encore 43% pense faiblement que leur race est supérieure aux autres !? Les sondeurs aussi ont fait une belle job, pour produire une enquête vide de sens que certains journalistes et politiciens (Mario Dumont pour ne pas le nommer) ont le culot de vouloir analyser.

Bush a toujours raison.

Après les milliers de morts irakiens et étasuniens, après les centaines de milliards de dollars dépensés, une nette dégradation de la géopolitique mondiale, et une raclée aux élections, on aurait pu s’attendre à ce que M. Bush ravale sa fierté et commence à écouter ses détracteurs. Mais non, il a été inspiré par Dieu. Dans ce cas, même les faits et les morts n’ont pas de poids contre les vérités absolues. Plus, M. Bush mobilise le plus grand porte-avion étasunien pour éliminer 3 personnes. Au passage, Washington passe par les éthiopiens pour arriver à une solution militaire à un conflit centenaire. Pourtant Rice avait presque sourit lorsqu’elle proclamait l’année dernière le retour des EU à la table des Nations Unis. En plus de régionaliser un conflit, l’administration étasunienne favorise l’hégémonie régionale et fait un autre pied de nez aux Européens qui étaient sur le point d’arriver à une solution politique. Mais faut croire que ce n’était pas dans les plans de M. Bush ébloui qu’il est par sa vision d’un monde blanc sans barbus.

Virage à droite.

Donc on aura le choix entre une France « sarkozyenne » ou « royalienne »… ou « lepenienne ». Que de choix ! Il est intéressant de noter qu’alors que l’Amérique Latine est maintenant peuplée de Morales, Lula, Bachelet, ou de Correa (tous des leaders plus ou moins à gauche), la « vielle Europe » voit le retour des lucides. En Allemagne, les troupes neo conservatrices d’Angela Merkel (la femme la plus puissante du monde d’après Forbes) ont mis fin à 7 ans de la sociale démocratie de Schröder. Le parcours professionnel, politique et même privé de la nouvelle chancelière allemande est étroitement lié aux États-Unis (Pentagone et CIA) et aux grands groupes de presses européens. En Suède, pays social démocrate par excellence, Fredrik Reinfeldt leader d’un rassemblement de droite vient de prendre les rennes du pouvoir. Je me demande où ça va mener tout ça. Pour revenir au pays de Dumas, Royal serait évidement un moindre mal, son réalisme politique est pour moi une aberration, ou une nouvelle mode créée par des relationnistes pour nous faire croire à un changement. Bref, les français sont à l’aube d’élire une femme au sommet. Et vous (les québécois) à quel point vous considérez vous comme sexiste ?

Se méfier des apparences.

Mille nœuds plus loin, c’est un mulâtre qui a de fortes chances de devenir l’homme le plus puissant du monde. En admettant qu’il reste encore grand-chose de ce monde et des États-Unis, Barak Obama pourrait être le premier non blanc à accéder à la présidence d’un pays occidental, 500 ans après que les premiers exclaves noirs mettent les pieds au Portugal et 500 ans après le massacre des Premières Nations américaines. C’est au pays de l’oncle Sam, pourtant connu pour son [fort]racisme que Obama a toutes ses chances.

Au delà du style, Obama a du contenu. Il est le seul prétendant démocrate à la Maison Blanche à s’être opposé à l’invasion de l’Irak et l’un des seuls à parler de couverture sociale universelle. Ses positions sur le mariage d’individu de même sexe sont assez floues, mais il a toujours été un grand supporteur de l’égalité légale entre hétéros et homos, de l’avortement, de la recherche sur les cellules souches… et tout cela dans un contexte où de nombreux ténors démocrates se sont convertis au « réalisme politique étasunien ». Bien sûr, sa feuille de route n’est pas bien longue, son expérience quasi inexistante, mais cela vaut bien mieux que 4 ans (ou plus) de Clinton bis.