Canada n’appartient pas au Moyen-Orient
Vendredi 20 octobre 2006, par // Numéro 06
J’étais sur un nuage, fier comme un paon à regarder ce reportage sur l’armée canadienne. Non seulement j’apprenais qu’on a un sous-marin qui a de l’allure mais en plus on a une équipe de super-soldats dans le genre James Bond (sans les super voitures et les superbes pitounes) qui font de l’ “infiltration” dans les côtes ... de Terre-Neuve (Désolé, mais l’Irak c’est trop dangereux).
J’étais donc sur un nuage jusqu’à ce que j’entende que la directrice de campagne (ou une autre personne influente de la campagne) de Michael Ignatieff avait démissionné suite au propos que ce dernier avait tenus à Tout le monde en parle, au sujet de la guerre au Liban.
D’abord c’est quand même incroyable que l’un des futurs potentiels Premier ministre du Canada soit choisi pour ses positions sur un conflict qui est à des centaines, voire à des milliers de kilomètres du Canada. Faudrait-il rappeler que le Canada ne fait pas partie du Moyen Orient ? J’ai le désagréable sentiment que la politique étrangère canadienne est déterminée en tout ou en partie par des personnes qui oublient qu’elles ont d’abord des responsabilités envers les Canadiens et non envers Israël. Je dirigerais bien les même critiques envers les Libanais ou les Palestiniens d’origine, mais ils n’ont de toute façon pas les même pouvoirs d’influence ni même les responsabilités que les Juifs Canadiens ont. J’admets que ce conflit peut toucher certains au plus profond de leur être, mais c’est tout de même une question, un aspect ne concernant pas directement les Canadiens. J’ai donc du mal à comprendre pourquoi cela deviendrait un enjeu primordial de la politique au Canada, surtout lorsque les politiques se prononcent sur un enjeu dont, en fait, ils n’ont qu’une connaissance très basique. Certaines familles riches et influentes auraient même retiré leur appui financier au parti libéral et commencé à soutenir le parti conservateur à la suite des déclarations des deux camps.
Ensuite le rôle des politiques dans toute cette controverse est aussi irritant au plus haut point. Par exemple le gouvernement conservateur refuse totalement de parler de l’éventualité de discuter avec le Hezbollah libanais, parce que c’est un groupement de terroristes prônant la violence. Ils (le gouvernement) soutiennent que le fait que la branche politique du Hezbollah comporte plusieurs élus siégeant au Parlement libanais ne change rien puisque Hitler lui aussi avait été élu. Donc du haut de leur siège à Ottawa, ces messieurs ont décidé que le peuple libanais avait eu tort d’élire ces représentants. (après tout ‘auto-détermination’ et ‘démocratie’ sont des concepts qui ne s’appliquent qu’à l’occident). En plus, il me semble que Eisenhower a été élu et pourtant il a envoyé une bombe nucléaire sur des populations civiles, pourtant les États-Unis sont toujours le plus grand allié et ami du Canada ; il me semble que le Colonel Kadhafi est un dictateur suspecté d’avoir financer plusieurs attentats de par le monde, qui ne s’inquiète pas outre-mesure des droits de l’Homme, et pourtant le Canada (et tout l’Occident) faisait plein de courbettes à ce monsieur il y a 2 ou 3 ans, ce fidèle alliée du Canada. De l’autre côté du spectre, Gilles Duceppe, parmi plusieurs politiques québécois, a participé a une marche clairement pro-libanaise (et non pro-Hezbollah) et ont signé une lettre condamnant les attaques Israéliennes mais ne mentionnant pas le Hezbollah. Et pourtant lorsque la député Mme Mourani a déclaré qu’il y avait eu des crimes de guerre, les ténors bloquistes ont vite fait de la « raisonner ».
Toute cette surenchère, toute cette hypocrisie est en fait uniquement pour marquer des points dans les communautés concernées, et tant pis si on fait les coins ronds. Tout ceci est fait au mépris des principaux concernés : les populations civiles les plus démunies. Pendant que les politiques et les groupes de pression d’ici se complaisent dans une rhétorique sans fin, des Palestiniens meurent, des Libanais n’ont toujours pas d’infrastructure, et les Israéliens doivent s’entourer de murailles pour avoir la possibilité de vivre. Il y a déjà des résolutions qui condamnent certains actes d’Israël et d’autres qui exigent le démantèlement du Hezbollah, mais il fallait absolument que certains politiques canadiens et québécois rajoutent leur petit grain de sel dans un problème qui était déjà extrêmement complexe. La neutralité dans ce conflit est encore plus hypocrite. Soit. Mais la retenue est parfois mère de sagesse surtout dans une crise aussi délicate que celle qui secoue le Moyen-Orient et surtout si on regarde ces évènements bien au chaud à Ottawa. Le Canada (le gouvernement et non les politiques) en tant que puissance très moyenne n’a pas l’obligation d’avoir une position « forte » dans ce conflit et encore moins de supporter un camp en défaveur de l’autre. Le Canada n’est pas en guerre et n’est pas au Moyen-Orient. Il ne faudrait pas que des situations comme celle du Moyen-Orient servent de prétexte pour occulter d’autres préoccupations majeures des Canadiens.
