Rusko, dubstep du peuple

Vendredi 29 octobre 2010, par Philippe Sawicki // Numéro 08

Difficile de croire qu’il y a à peine quelques mois de cela, le dubstep était encore un genre obscur à Montréal, connu principalement de quelques « spécialistes » au fait de ce registre musical originaire de Londres et datant du milieu des années ’90. Relativement restreint aux îles du Royame-Uni durant un moment malgré l’avènement d’Internet et la popularité des blogs et des sites où sont partagés les découvertes musicales, il aura fallu plusieurs années avant que ces basses fréquences aux racines ancrées dans le 2-step et le grime ne parviennent à se frayer un chemin jusqu’en Amérique.

Généralement sombre, syncopé et dans les 140 BPM, il aura peut-être fallu attendre la montée en popularité d’artistes tels que Rusko pour que le genre ne commence à s’introduire graduellement dans un public plus étendu que celui déjà habitué à fréquenter les soirées thématiques de certains bars... autrement dit, il aura peut-être fallu attendre la venue de Rusko pour prêcher à un public plus large que celui des convertis.

Avec une touche beaucoup plus upbeat que la majorité du dubstep issu d’autres artistes-phares du genre tels que Skream et Benga, la version plus légère du genre développé par Rusko, son utilisation de LFO à hautes fréquences et ses collaborations avec des artistes tels que M.I.A. auront peut-être contribué à faire sortir le dubstep des clubs et lui faire parcourir la moitié du chemin qu’il lui restait à arpenter jusqu’au public plus général. Le tout, combiné au fait qu’il soit un entertainer-né avec une présence sur scène énergique qui donne parfois l’impression qu’il mène à lui seul un orchestre nourri aux boissons énergisantes dans une toute dernière représentation avant leur séparation. Une performance que l’on aurait dit sans lendemain, mais qu’il est pourtant venu livrer pour une troisième reprise déjà cette année.

À noter cependant que bien que l’artiste ait sans aucun doute contribué à propager le dubstep auprès d’un public plus large que celui des early adopters qui ont été les premiers à suivre le mouvement après qu’il ait touché terre sur le continent, celui qui assiste aux performances de Rusko n’a pas réellement de racines communes avec celui de la musique électronique « underground ». En effet, on devrait plutôt qualifier ce spectre du registre de « brostep », puisqu’il semble rejoindre en grande majorité des cégépiens amateurs de Jersey Shore, ce qui a peut-être contribué à une certaine ségrégation du genre auprès de publics plus larges. Il faut cependant noter que l’on avait déjà pu constater cette tendance auparavant, notamment lors du dernier passage de l’artiste en ville, mais où l’on avait alors associé la forte présence de ce type de public aux torontois de Crystal Castles, les têtes d’affiche de la soirée.

Malgré cette faune particulière, il n’en demeure pas moins qu’une performance de Rusko demeure toujours aussi divertissante, notamment grâce à sa présence sur scène hors pair et à sa capacité à créer des rythmes qui sont devenus synonymes de débauche. Passage qui a également permis aux artistes locaux Vilify et DJ NOYL de s’illustrer aux côtés du britannique en tournée, ce qui aura peut-être comme effet de valoriser encore davantage la scène locale avec un apport de crédibilité et de reconnaissance.

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