Chronique d’un sauvage au 21e siècle

Vendredi 9 octobre 2009, par Alexandre Luca // Numéro 07

Pas facile d’être un viking au 21e siècle. Nos droits fondamentaux sont bafoués : chasser le sanglier à la lance, mettre à sac des villages, brûler des églises, égorger des paysans et voler du bétail, tous des actes maintenant considérés comme répréhensibles. Même les pirates somaliens avec leurs mini coques de noix sont plus menaçants que nous (disons qu’un drakkar, ça ne passe plus inaperçu). Il faut se rendre à l’évidence, nous devons mettre à jour nos concepts. C’est un peu l’objectif de cette chronique : traiter des sujets propres au chromosome Y mal adaptés à notre société de métrosexuels décadents. Si j’aborderai heavy metal, chasse au gros gibier, trucs et astuces pour réparer une cotte de maille et fashion de la pilosité faciale, il semble inévitable de parler également de politique et d’économie. Pourquoi ? Parce que c’est ce qui se rapproche le plus du pillage moderne. Et on dira ce qu’on voudra, le pillage, c’est métal.

Vers un déblocage du dossier nucléaire iranien ?

Ces dernières semaines, on a vu un dossier international revenir au premier plan : le programme nucléaire iranien. Pour la petite histoire, la quasi-totalité de la communauté internationale soupçonne l’Iran de poursuivre des objectifs militaires dans le cadre de son programme de développement de l’énergie nucléaire. Avec un lascar comme Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de l’Iran, ce n’est pas complètement loufoque non plus. Rappelons qu’il s’agit de l’individu qui s’amuse à qualifier l’Holocauste de mythe (en pleine assemblée générale de l’ONU, qui plus est) et qui encourage ses soldats à accrocher des banderoles proclamant « Mort à Israël » et « Mort à l’Amérique » lors des défilés militaires. Personnellement, j’aurais opté pour quelque chose de plus voyant (tant qu’à avoir une immense tribune, y aller à fond), mais bon, chacun son style. Encore plus délicieux, il aurait déjà énoncé son désir, dans une entrevue à la radio publique iranienne, de voir Israël « rayé de la carte ». Soulignons le choix de termes qui ne rappelle en rien l’utilisation d’armes de destruction massive...

Bien qu’on puisse penser surtout aux répercutions à l’international, beaucoup d’enjeux internes à l’Iran et au monde musulman sont touchés par ce dossier. Tout d’abord, la question du nucléaire permet d’unir sous une même bannière les différents camps politiques iraniens après des élections controversées. Également, différentes études à travers les pays musulmans ont déterminé qu’une immense majorité souhaitait voir l’Iran non seulement établir un programme nucléaire civil, mais également s’approprier l’arme nucléaire. La plupart des avis (à travers le monde musulman, s’entend) concordent sur le fait que l’acquisition par l’Iran de l’arme nucléaire serait souhaitable. Les Polytechniciens de cet avis sont priés de se présenter au local du Polyscope pour une discussion qui s’annonce bien comique et potentiellement musclée.

Ce qui corse davantage l’affaire, c’est la divulgation d’une série de rapports d’espionnage, le 25 septembre, faisant état de la construction d’une seconde centrale nucléaire iranienne, située à Qom, allant à l’encontre des normes de l’ONU. Elle serait capable d’enrichir l’uranium bien au-delà du taux de 5 % associé aux programmes civils. Les rapports estimaient les capacités de la centrale à un taux d’enrichissement possible de 85 %. On est en plein dans l’usage militaire. Les services d’espionnage occidentaux ont commencé à rassembler des informations sur la centrale dès janvier, mais ce n’est que le 21 septembre que l’Iran a signalé la construction à l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique). Avant cela, la centrale de Qom était virtuellement secrète (sous terre, presque aucune existence sur papier, bref, la totale). Cumulé au côté un peu alarmiste des rapports, il y a certainement de quoi enflammer l’imagination. Téhéran a accepté que les inspecteurs de l’AEIA viennent faire un peu de tourisme au sein de la seconde centrale vers la fin octobre. Évidemment, les mauvaises langues supposeront que le délai devrait permettre aux autorités iraniennes de dissimuler tout détail incriminant.

Malgré l’espèce de vent de panique qui a soufflé sur la communauté internationale, le fait que l’Iran ait (potentiellement un peu à contrecœur) révélé l’existence de la centrale à l’AIEA et lui ait permis de visiter les installations laisse présager une certaine ouverture de la part de l’état arabe. On est loin de l’époque où l’Iran tentait de garder le site nucléaire de Natanz secret coûte que coûte. Vive la transparence.

Suggestion métal de la semaine

Bon, la température est moche et la semaine de relâche est à nos portes (ou vient de se terminer, dépendamment d’où vous vous situez dans le temps). Les plus studieux vont profiter de la semaine pour réviser et préparer leurs intras, tandis que les gros barbares tels que moi-même vont probablement voyager (et polluer, ce qui est encore plus métal). Je suggère donc l’album éponyme du groupe Animals as Leaders, adapté autant à l’étude qu’à la grosse conduite irresponsable (conduite que le Polyscope décourage fortement, mais si vous avez à faire du 150 km/h sur l’autoroute, autant le faire avec une musique appropriée). L’album est 100 % instrumental et progressif, mais on est loin de la masturbation musicale qu’on retrouve souvent dans les mêmes circonstances. On retrouve même des influences de musique électronique, et le tout demeure cohérent. Donc, un album pour les longues promenades en voiture ou pour les occasions où on a besoin de se revirer le cerveau.


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